Lettre ouverte du réseau PAC 2026
La lettre ouverte du réseau PAC accompagne la tribune sortie le 23 septembre concernant la prise de position de la métropole face au vote du budget 2026. La culture, pointé comme facultative, provoque un sentiment de négligence chez les acteurs et structures du secteur.
Nous sommes à un point de bascule !
Le monde des arts visuels se meurt…
A l’instar de nos confrères du spectacle vivant, et des réseaux culturels à l’échelle nationale, le réseau Provence Art Contemporain souhaite tirer la sonnette d’alarme sur les choix politiques qui optent pour un désengagement sans précédent auprès des acteurs culturels, des artistes, et des publics. Le monde de la culture se sent abandonné, sacrifié, par la puissance publique, qui devient une variable d’ajustement des budgets. Son absence quasi totale des discours des présidentiables nous renseigne sur le manque de vision en termes de politique culturelle et accentue notre inquiétude qui est pourtant déjà à son paroxysme.
En 2027, il sera trop tard !
En tant que porte-parole des arts visuels sur le territoire d’Aix-Marseille-Provence au sein de la région PACA, notre réseau PAC se réunit depuis 2007 autour de valeurs fondamentales : la liberté de création, l’accès à la culture pour toutes et tous, l’égalité des genres et la diversité. Rappelons que les arts visuels sont au cœur des enjeux de cohésion sociale, mais aussi d’attractivité territoriale et de la vitalité démocratique. Chaque année, nos actions et notre travail touchent plus de 4 500 000 personnes, habitants et visiteurs.
Aujourd’hui, nos structures et notre écosystème sont frappés par une crise due à un désengagement public généralisé. Ces coupes ne constituent plus un ajustement budgétaire, mais une rupture radicale du soutien des institutions publiques et territoriales à la culture. Il s’agit pour nous d’un désaveu sans précédent qui rompt avec l’idée de sanctuarisation de la culture, ciment du pacte républicain, et va à l’encontre de l’intérêt général.
Depuis des années, les structures participent à l’effort collectif demandé. Nous avons appris à faire beaucoup avec peu. Nous nous réorganisons pour adapter notre fonctionnement à un contexte financier tendu et à une inflation croissante. Mais aujourd’hui, nos structures atteignent un point de bascule. Les fonds de réserve sont épuisés. C’est notre existence même qui est en péril.
Alors que les artistes investissent le quotidien de la population, offrent une présence culturelle de proximité, au plus près du corps social, les politiques publiques ne cessent de se désagréger et de détruire l’immense patrimoine de ce tissu relationnel que les artistes, les structures d’arts visuels, ne cessent de porter à bout de bras, avec des moyens qui n’ont jamais été importants et qui aujourd’hui, comble du cynisme, se voient encore diminués.
Depuis des décennies, la richesse culturelle et artistique de notre territoire repose sur le travail, le savoir-faire et le professionnalisme d’acteurs et d’actrices d’un tissu associatif local. Notre tissu associatif culturel est le véritable cœur battant de notre région, jouant un rôle indispensable dans l’identité, la cohésion sociale et le dynamisme du territoire. Le monde associatif a toujours été précaire mais aujourd’hui il risque tout simplement de s’effondrer.
Les conséquences pour les artistes-auteurs et artistes-autrices, qui ne bénéficient pas d’un régime similaire à l’intermittence sont désastreuses. Elles les plongent dans une précarité alarmante, alors même que le territoire utilise leur image comme vitrine attractive. Il est presque indécent de vanter l’attractivité territoriale de notre région, qui compte près de 50 000 emplois culturels, où la culture génère de la valeur économique réelle tout en détruisant les espaces où cette création prend forme.
Nous avons des droits culturels !¹
Est-il nécessaire de rappeler que la culture est un endroit de fabrique du commun et d’émancipation ? L’art et la culture ne relèvent ni du divertissement ni de l’événementiel, mais bien du service public et de l’intérêt général, garanti par notre Constitution, et réaffirmé par les lois NOTRe et LCAP comme une responsabilité partagée entre l’État et les collectivités territoriales.
Une société démocratisée ne peut se passer de la culture, et en particulier des arts visuels. Dans son ouvrage Les Émotions démocratiques : Comment former le citoyen du XXIe siècle ?, la philosophe américaine Martha Nussbaum dresse le constat des sociétés qui sacrifient la culture au profit de la seule rentabilité économique, celles-ci se privent de la compréhension démocratique, des phénomènes empathiques, elles perdent en créativité et en innovation.
« Si cette tendance se poursuit, les nations du monde entier produiront bientôt des générations de machines utiles, plutôt que des citoyens complets. » Martha Nussbaum
Nous aborderons les 3 prochaines années avec la plus grande inquiétude, fragilisés. À l’aune des changements majeurs que peuvent entraîner les prochaines échéances électorales, dans le contexte politique que nous connaissons, la culture ne pourra pas jouer son rôle, qui serait pourtant crucial. Nous avons plus que jamais besoin des artistes, et des structures à leurs côtés pour nous aider à comprendre les enjeux du monde qui nous attend, à réfléchir collectivement sur les crispations sociétales que nous traversons.
« Les subventions ne sont pas des cadeaux : elles sont des leviers. »²
Rappelons enfin que la puissance publique est garante d’une création sans ingérence, d’intérêt général qui prône des valeurs démocratiques. L’injonction au mécénat n’est pas la solution à tous les maux, cette recherche de fonds privés demande du temps, de la formation et des investissements que nous ne sommes pas en mesure de fournir dans nos structures.
Sans subventions publiques :
Comment les lieux d’art peuvent-ils devenir de véritables lieux de vie où l’on se côtoie malgré nos différences ?
Comment proposer démocratiquement des formes artistiques qui ne se plient pas aux lois du marché, du divertissement, à la surproduction, à la pression des grands groupes et du commerce en ligne ?
Comment poursuivre notre travail de transmission de la culture et ouvrir des dizaines de milliers d’enfants aux formes artistiques contemporaines, à la construction de leur esprit critique, aux échanges et à l’élaboration des idées et au combat des idées reçues et des “fake news” ?
Alors nous posons la question aux hommes et aux femmes en responsabilité aujourd’hui et demain :
Quelle place accordez-vous à la culture dans notre société ?
Comment construire ensemble des politiques culturelles adaptées aux mutations de notre territoire et de notre époque ?
Comment soutenir le monde associatif qui s’asphyxie ?
Comment garantir la pérennité du service public de la culture et protéger les emplois du secteur ?
Comment soutenir la création artistique durablement ?
Comment sortir le monde de la culture, les artistes, les travailleurs et les travailleuses de l’art, les structures, les médiateurs de la précarité ?
Quel statut pour les artistes-auteurs et artistes-autrices ?
Le réseau PAC
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¹ Les droits culturels au service du lien citoyen et territorial, Cycle des hautes études de la Culture, Ministère de la Culture
² d’après le chef d’orchestre Pejman Memarzadeh
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